Revue de presse
Best
Décembre 1994
 
 
 
Bad trip pour la chansonnette "Mangez-Moi, Mangez-Moi" de Billy Ze Kick et le Gamins en Folie... Un flic de Nantes a déposé une plainte au parquet de Paris, vous allez rire, pour "apologie des produits stupéfiants"! Comme si Billy Ze Kick avait composé la première chansons française évoquant les stupéfiants (Bashung: Toujours sur la Ligne Blanche", Hubert-Félix Thiéfaine: "La Fille du Coupeur de joint", Gainsbourg: "Coco and Co"). Certes elle est vraisemblablement la première à connaître un aussi large succès, surtout auprès des très jeunes, d'où l'affolement des képis. Du calme, messieurs, cet automne, les champs n'ont pas été dévastés par une horde de nouveaux fans de psilos. Dans ma région, les fermiers n'ont rien constaté, pas de nouvelles têtes en tout cas, si ce n'est un ou deux Parisiens qui jouaient aux malins: "mais si, je tel e dis que ce sont le rouges avec les pois blancs qui défoncent le plus, vas-y ça va être mortel, on en revendra au Queen." Le scoop du quotidien Ouest-France a fait l'effet d'une bombe dans plusieurs salles de rédaction. Alors que le gouvernement tente de combattre la drogue par tous les moyens, jusqu'aux affiches publicitaires (quatre mètres par trois) dans les rues, cette affaire pourrait bien mettre le feu aux poudres. Combien sommes-nous à tirer ne serait-ce qu'occasionnellement, sur le pétard? Avant les élections présidentielles, messieurs ça ferait mauvais genre de nous voir, jeunes et moins jeunes, brûler de gros spliffs sur la place de la Concorde face à l'Assemblée Nationale, un beau Smokin'Sitting bien scotché. Quoiqu'il en soit, Billy Ze Kick, en pleine tournée, réagit lors d'une conférence de presse donnée le 20 octobre à Angers.  
Droit de réponse
"Allo, commissariat de Nantes?"
 
"Mangez-Moi, Mangez-Moi" n'est pas une apologie de la drogue. J'ai écrit cette chanson d'une manière tout à fait métaphorique pour décrire une balade à la campagne que j'effectuais chaque automne avec une bande de copains. On y entende des champignons hallucinogènes se moquer des citadins inexpérimentés, qui après les avoir recherchés laborieusement, rentrent chez eux bredouilles et trempés... Durant tout l'été, des millions de gens ont repris en choeur les paroles de la chanson, mais ils ne réalisent que maintenant de quoi ils s'agit et s'en inquiètent... Est-ce que parler d'ouvrir les portes de la perception est une invitation à la défonce ou juste une invitation à l'ouverture d'esprit? Que l'on arrête de prendre les gens, et notamment les jeunes, pour des moutons et des irresponsables. Si cette chanson est l'occasion d'une discussion, tant mieux, mais n'exagérons pas l'influence d'une chansonnette sur le comportement des gens... Quant à "OCB", cette chanson décrit avec le même humour et la même autodérision la réalité quotidienne de quelques millions de français! Il serait temps d'arrêter de le cacher au grand public, qui confond trop souvent par simple ignorance un pétard de cannabis avec une seringue d'héroïne. Si cette chanson, que nous trouvons plutôt comique, provoque des discussions entre les fumeurs de joints et ceux qui ignorent tout sur la question, nous aurons alors la satisfaction d'avoir contribué à lutter contre la bêtise et l'ignorance."

Le ton est donné et lorsque j'appelle Monsieur Bing (l'homme à la tête de sample à Rennes, loin d'être dépassé par les événements, il sait tout de même que "la loi stipule que toute incitation à la consommation de drogues est condamnable d'une peine de cinq ans de prison ferme et de 500 000 francs d'amende"

On peut préparer les oranges, alors...
M.Bing: Pour tous les diffuseurs aussi, tous ceux qui en parlent!
C'est pas grave, j'ai un bon plan pour les oranges... au fait, ça fait quoi de manger des psilos?
Ben, déjà, j'en mange pas tous les jours, une fois à l'automne, à titre d'expérience. On perçoit en temps normal la réalité d'une certaine façon, qui est liée à notre culture personnelle. Quand tu bouffes des psilos, d'un seul coup, tu perçois la réalité d'une autre façon, beaucoup plus sensible en général. A partir de ce moment, tu comprends que la réalité peut être différente. Quant aux pétards, ça te calme, ça te fait prendre les choses avec plus de recul et de légèreté. En fait, tu oublies un peu toutes les tensions qui peuvent exister dans les relations humaines, souvent dues à des humeurs ou à des mots un peu plus hauts que les autres... A ce moment, tu peux relativiser, tu peux beaucoup plus facilement te mettre à la place de l'autre.

Aussitôt cette communication terminée je me prends pour Colombo, fouille dans les poches de mon cuir en peau de couilles et ressort l'article de Ouest-France. Comment il s'appelle ce keuf déjà?
"Bonjour, est-ce que je pourrais parler à monsieur Christian Verdier?" "Monsieur Verdier bonjour, je suis Lagardère, du magazine BEST, je vous appelle à propos de l'affaire Billy Ze Kick. Pourrions-nous nous entretenir un instant?"
M.Verdier: "Ce n'est pas possible, monsieur."
BEST:"Pourquoi?"
M.V.: "Je peux vous dire que ce n'est pas possible."
BEST:OK, d'accord. Mais est-il vrai que vous engagez une procédure contre Billy Ze Kick?"
M.V.: "Vous avez lu la presse?"
BEST: "Je lis très mal"
M.V.: "Lisez-mieux."
BEST: "Je vais y trouver tous les renseignements?"
M.V.: "Non, pas tous les renseignements, au niveau procédural, c'est quand-même confidentiel."
BEST: "J'ai eu un membres de BZK au téléphone et il m'a dit qu'il n'était pas au courant. Du moins, ils n'ont pas de nouvelles..."
M.V.:
"Pas de nouvelles, bonnes nouvelles!"
BEST: "C'est un sous-entendu?"
M.V.: "Non, c'est une plaisanterie."
BEST: "Sérieusement, qu'attendez-vous de ce procès?"
M.V.:
Rien de particulier, en dehors du fait que la loi soit appliquée..."
BEST: "Ce n'est pas la première chanson sur la drogue, pourquoi BZK?"
M.V.:
"Qu' est-ce que vous pensez des chansons sur la drogue, vous?"
BEST: Elles ne me dérangent pas si elles déboucher sur un débat."
M.V.:
"Un débat dans quel sens,"
BEST: "Un débat avec des personnes qui fument, avec des dealers et avec des personnes qui combattent la drogue. Tous ceux qui sont impliqués dans l'affaire ont leur mot à dire. Vous n'êtes pas d'accord?"
M.V:
"Écoutez, moi, je suis policier, il y a des lois qui existent..."
BEST: "Et comme Elliot Ness, vous irez prendre une bonne cuite quand tout sera rentré dans l'ordre."
M.V.: "J'ai trouvé qu'il y avait beaucoup d'humour dans le fin de ce film... mai je ne crois pas que j'irai fumer un pétard."

De toute façon, Elliot Ness, n'a jamais pris de cuite...
La drogue, on est tous d'accord là dessus, n'a jamais rendu intelligent, néanmoins un psilo n'est pas non plus une shooteuse, éducation, tabou, désinformation quand tu nous tiens...
 
L. Lagardère.