Revue de presse
Les Inrockuptibles
avril 1994

Billy Ze Kick et les Gamins en Folie
Billy Ze Kick et les Gamins en Folie
Media 7
"Bien vu, bien rendu, inattendu"; Avec la suffisance d'un Jules César, le critique tourne son pouce vers le ciel. Et s'interroge. Sur l'art qui cache l'art, tout ce qu'il a fallu de ruse, d'habileté et malgré tout de travail, à ce petit groupe de Rennes pour se faire passer pour ce qu'il n'est plus, une bande de potaches déconneurs qui feraient un disque comme ça, pour rire, comme on relève un pari stupide. Pas si simple de faire vrai. Il ne suffit pas de laisser tourner le magnéto ou la vidéo pour saisir l'air du temps, croquer sur le vif certains des us et coutumes les plus significatifs de nos petits frères, chères caricatures qui aiment les mêmes séries cultes, écoutent les mêmes vieux groupes et n'ont pas plus envie de vieillir ou de bosser que nous à leur âge. Artistes vélléitaires, étudiants dian-dian, pas trop nerveurx ni trop inquiets, surfant la crise en attendant mieux, adeptes du temps libre et grands consommateurs de télévision, très occupés à parler et à détailler votre ordinaire autour d'un petit pétard, vous êtes repérés! Tout ce qui n'est pas supposé sortir du cercle des proches, les "délires, galères et autres plans" que l'on se raconte entre copains, la cueillette de ces petits champignons hallucinogènes qui poussent dans le voisinage des bouses de vache et qui généralement tourné à la déroute, les riches heures passées à regarder les JO, et même ces interminables parties de jeu de rôles d'où l'on ressort à moitié crétin: rien ne nous est épargné. A l'exception notable de vos histoires érotico -sentimentales, et c'est heureux . Billy et ses gamins ont juste voulu faire entendre, faute d'un véritable discours, le rire souvent jaune des jeunes.

Pas ce rire burlesque et un rien lourdingue des défunts alternatifs, mais plutôt l'humour primesautier et sans doute rapidement grinçant d'une génération maintenue trop longtemps dans l'enfance. La musique est au diapason, délibérément minimaliste et empruntée sans ambages ni scrupules à tout ce qui surnage depuis depuis une trentaine d'années. Gloria, Blue rondo à la turk, la Danse du sabre, l'indicatif de Mannix, Peacefrog des Doors ou, plus surprenant, le Prisencolinensianciusol de Celentano pour lequel Mr Bing, l'artificier du groupe, semble avoir la plus vive affection, servant ainsi d'armatures à la plupart des chansons et souvent avec beaucoup d'efficacité. La confusion des genres est bien entendu de mise, les gamins en folie ne confessant manifestement aucune préférence entre la pop sixities et reggae, sans que l'on puisse trancher la délicate question de savoir s'il s'agit là de cosmopolitisme ou de total je-m'enfoutisme. Le tableau ne sera pas achevé tant que l'on n'aura pas parlé de la voix de Billy, pièce centrale du puzzle, mi Lolita yéyé, mi Gavroche armoricain qui donne mieux encore que les mots, l'accent de la vérité indispensable, le coté en direct et en VO de ces saynètes. Sans trop savoir comment ils vieilliront et s'ils sauront faire évoluer leur répertoire sans perdre leur originalité, Billy Ze Kick et les Gamins en Folie sont sans conteste l'un des groupes français les plus attrayants du moment.

Stéphane Jarno