Revue de presse
Le Soir
Octobre 1994
"Mangez-moi, Mangez-moi" : loin des "tubes" inoffensifs
 
C'est une fille, même si ce n 'est pas facile à deviner en écoutant son disque et Billy Ze Kick,c'est son pseudonyme - le nom vient évidemment du polar de jean Vautrin. Billy est trentenaire, malgré une voix de petite fille. Ce pseudo, elle l'a choisi, il y a bien longtemps pour un "killer" un jeu de rôles où on a un contrat pour tuer quelqu'un fictivement, bien sûr...

Billy Ze Kick sera aussi le nom de scène de la rennaise pour son premier CD. Un disque, qui, depuis l'été cartonne. Mangez-moi, mangez-moi, le refrain est en effet dans toutes les oreilles, un tube majeur. Surprise: les paroles de la chanson sont bien loin des refrains inoffensifs qu'on a l'habitude d'entendre sur les ondes. La chanson a beau être fraîche et rigolote, elle n'en parle pas moins des psilocybes, des champignons au pouvoir hallucinogène...
Et l'album dans sa totalité célèbre, pour une bonne moitié des titres, des paradis très artificiels. Alors, pervers, sous leur couverture enfantine, les copains de Billy?
"Pervers, s'interroge Billy Ze Kick, je ne trouve pas que ce soit le bon terme. Impertinent d'accord. C'est pas de la perversité, ce serait le cas si, tout au long de nos chansons, on disait "Allez chercher des champignons hallucinogènes, mangez-en!" ou " Prenez un flingue, tirez-vous une balle dans la tête!". Voilà de la perversité! On n'en est pas là. Moi je trouve qu'utiliser la
c'est vite arrivé. Si on écoute les radios FM du matin au soir, il y a des risques de faire une indigestion de Mangez-moi! On en est conscients. Ce n'est jamais bon, les excès. Il y a des gens, même parmi ceux qui nous apprécient qui nous l'on dit : marre de cette chanson! Je comprends très bien qu'on puisse lasser, et je trouve que les radios en font beaucoup trop avec une même chanson, avant de diffuser un deuxième extrait."
Les champignons hallucinogènes ne sont en tout cas pas la quête unique du groupe. D'autres sujets sont abordés dans le disque. Ainsi, particulièrement dans 2ème avertissement, les Billy n'ont pas vraiment l'air d'apprécier la télé d'aujourd'hui, loin de là. Elle leur inspire en tout cas une tonne de réflexions, quasi toutes négatives...

"Je n'ai plus la télé. Je l'ai jetée, elle a explosé. Tant mieux. D'autant que quand je suis devant la télé, je "scotche" à mort devant des conneries. Je suis téléphage et à la limite, je ne regarde que des conneries pour pouvoir avoir le plaisir de les critiquer...
"J'ai vu une émission sur TF1: ils mettaient en question la violence de la télé aux États-Unis. Et eux qu'est-ce qu'ils font sur TF1? Ils diffusent l'intégralité de l'émission américaine sur laquelle ils pérorent.
L'absurde par l'absurde! Tout n'est pas à jeter évidemment, mais il n'y a guère que les émissions en clair de Canal+ que j'arrive à trouver vraiment intéressantes. Ou alors il faut regarder des reportages d'il y a 10 ans ou des émissions comme Histoires naturelles, diffusées ) 3 heures du matin!
Ce qui est malsain, c'est qu'on nous dit que la télé est là pour nous faire rêver et que quand je regarde, j'ai juste envie de vomir. Et puis, le temps que tu passes devant la télé, tu ne le passes pas à essayer de rencontrer ton voisin qui crève peut-être de solitude...devant sa télé!"


Les neuf membres du groupe prétendent avoir été marqués par l'humour de C'est arrivé près de chez vous. Au moment de l'interview, ils cherchaient à joindre Benoît Poelvoorde pour l'inviter a leur concert du 18 octobre prochain au Botanique à Bruxelles. Chez Billy, tout est prétexte à gros rire, parfois un peu relou comme elle dit (traduction: lourd).
"Mais le délire, ça ne se raconte pas, il vaut mieux le vivre. C'est toujours navrant de faire une autopsie d'un moment magique. Si on commence à analyser,définir, cela perd de son charme et cela devient triste..."

"C'est vrai que lorsqu'on a du succès dans le créneau qui est le nôtre, les gens s'attendent à ce qu'on soit drôles en permanence. On peut l'être, mais jamais sur commande. Un jour, en télé, le réalisateur nous a dit : "Je branche la caméra, on a un quart d'heure, allez-y: délirer". Eh bien là, on devient vite très très sérieux... c'est toujours pareil, on n'est pas des machines!"
Utiliser la dérision pour traiter de tels sujets , c'est oxygénant
dérision pour aborder de tels sujets, c'est oxygénant:"

Oxygénant, comme une balade dans la nature pour aller à la cueillette aux champignons, par exemple. Des balades que Billy et ses Gamins en folie ne manquent pas de faire consciencieusement. Ils connaissent d'ailleurs quelques coins reculés particulièrement fertiles...
"Tous les automnes, on part chercher des champignons. Le vrai plaisir, c'est d'aller les cueillir soi-même, mais attention, il faut être initié, savoir où en trouver et ne pas en manger trop, parce que les hallucinations peuvent devenir méchantes!"
Évidemment, même si le sujet des chansons est sans équivoque, que Billy Ze Kick entretient autour une sorte de flou, du moins pour le grand public. Et beaucoup de ceux qui entendent la chanson peuvent ne pas saisir le vrai sens...
"Je ne suis effectivement pas sûre que tout le mode perçoit bien. Mais les gens sont interpellés et tout va se faire lentement, mais sûrement. Ils finiront bien par se dire que nos textes contiennent des choses qu'ils n'attendaient pas. Un papy qui chante Mangez-moi, mangez -moi ne pense sans doute pas aux champignons hallucinogènes, mais bon, est-ce important? Chacun y voit ce qu'il a envie de voir..."

La question mérite qu'on se la pose, puisque c'est de ça qu'on parle. Alors on peut faire une overdose de Billy Ze Kick? "Fortement déconseillé! Et
Sam Christophe