Revue de presse
Libération
Juin 1994
Billy Ze Kick et les Gamins en Folie
Le phénomène Billy cartonne sur la FM, sous les préaux, et prend les médias de vitesse. Une première approche ci-dessous, avant concert et probable tube de l'été.

"Nous on fouille les poubelles de la musique/ Vive les pillards, les bandits et les pétards/ Nous on mes les doigts partout... On a l'air sages, nous les enfants sages/ Mais méfiez-vous, on n'est pas des images.../ Ma télé a explosé, tant mieux/ La ville est rouge de graffitis, tant mieux."Voilà, extrait du double avertissement ouvrant l'album qui résume la tournure d'esprit de Billy Ze Kick et les Gamins en Folie, donnés favoris dans la course au (flash) carton de l'été (Mangez-moi, mangez-moi, rengaine reggae vénéneuse, sorte de Mets de l'huile hallucinogène) -et plus si affinités.
Pêchédans le vivier rennais (Lighthouse, Skippies, Marco Lipz), Billy Ze Kick, c'est d'abord, comme son pseudo ne l'indique pas, une fille. Bachelière exilée temporaire à Londres, de retour au pays, elle s'acoquine avec d'autres vengeurs masqués (une de leurs particularités consiste à refuser les photos à visage découvert): Mr. Bing, l'alter ego, gère samples et enregistrement, Arno Futur, Bidou, Lubna , Béné et Zébra, alias les Gamins en Folie, font les choeurs: et divers sympathisants (Thanoss, Billy Billy, Manu le Malin, Kan...) grenouillent autour.

Chômeurs ou RMistes dans l'ensemble, "marginaux à la base", cesgens ne sont pas tout à fait nihilistes, dérision oblige: "Ton premier quart de siècle, avoue-le, a été laborieux/ Qu'as tu fais le jour de ton anniversaire/ T'as encore passé la journée à glander/ Est-ce que la patrie peut encore compter sur toi/ Pour assurer son avenir glorieux/ Oh! Non..." (Jean Mich Much). Mine de rien, à fredonner ainsi l'humeur des cours de lycée (crise, télé, plans drague, fumette, comment s'extirper de la warp zone dans Super Mario, etc...), Billy et sa bande commencent à faire jaser dans leur région d'origine, où bénéficiant des soutiens adéquats (Transmusicales, Folies rennaises), ils assoient leur réputation naissante grâce à se système D qui semble leur aller si bien au teint : des K7 autoproduites circulent, suivies d'un album non moins artisanal. Tant et si bien que l'opus en question renaît quelques mois plus tard (sur une nouvelle branche prospective du groupe Phonogram), sous nouvelle jaquette, le contenu restant lui, identique: entre fumisterie et fumerie ( OCB, pub fendarde

faite de papier à rouler: le krishnaïsant Bons Baisers d'Amsterdam, vantant les effets de la sensemilla...); entre modernité (les bruits de console de Virtualopolis) et rétromanie (samplages de Them, Doors, Ennio Morricone, Devo). Un alliage reggae pop au service d'une ambiance "délirante", évoquant les VRP de Corinne ou Mardi gras, pour la beauferie combattue de l'intérieur (l'Adjudant gereux), Bérurier Noir et Ludwig von 88, pour la résurgence alternative (milieu professionnel pris de vitesse, médias compris, obligés de prendre acte de l'épiphénomène), couplé à l'esprit subversif sous couvert de candeur ("Amis du monde entier, venez nous divulguer c'qui vous est arrivé/ Et nous les cafterons et on le répétera", Radio K sur). L'ensemble, amplifié par la voix de Billy, sorte de Dorothée cassée au pays des Gremlins, peut être conscient que "cette avenir va se finir mal mal mal" (La Chanson de M.), mais est bien déterminé en attendant à s'en payer une tranche. De space cake notamment.

Gilles RENAULT