Revue de presse
Présent
Octobre 1994
Lutte contre la drogue

Le courageux combat d'un policier nantais contre un groupe
qui chante un poison hallucinogène

Dans leur "disque d'or ": du poison. Dans leur scie musicale, "Mangez-moi, mangez-moi", vendue à 280 000 exemplaires : une apologie des substances hallucinogènes. Un policier nantais, engagé dans la lutte contre la drogue auprès des lycéens, a transmis au parquet de Paris, une procédure pour "incitation à l'usage de stupéfiants" à l'encontre du groupe "Billy Ze Kick et les Gamins en Folie".

Vous les avez peut-être aperçus à la télévision, dans les clips-vidéo de M6. Ou en vedette sur le plateau de De Caunes et Gildas qui n'en ratent décidément pas une : ils sont sept du même groupe, regards allumés, français approximatif, dégaine de paumés. Le leader est une femme, Nathalie Cousin. Visage creusé, cernes bleutés, crâne rasé. Au cours de l'émission "Nulle part ailleurs", elle avait éructé des propos sans suite, débiles, grossiers et péremptoires.

Enquêteur à la brigade des stupéfiants du commissariat de Nantes, Christian Verdier, qui espère obtenir l'ouverture de poursuites, dénonce le message transmis par le groupe à ses jeunes fans, à travers cette chansons en apparence infantile, sur la cueillette des champignons : "Mangez-moi, mangez-moi, c'est le chant du psilo qui supplie. Qui joue avec les âmes. Et ouvre les volets de la perception".

Les psilocybes sont en effet des petits champignons de 2 cm de haut, possédant un fort pouvoir hallucinogène aux effets proches du L.S.D.. Selon un spécialiste de mycologie de la faculté de pharmacie de Rennes, le champignon n'est pas mortel en lui-même, mais il peut quand même conduire au décès par les troubles

intellectuels qu'il provoque, semblables à ceux de la cocaïne".

Les psilocybes peuvent avoir effet euphorisant les gens se prennent pour des oiseaux et veulent s'envoler par la fenêtre ou se jeter sous une voiture en pensant qu'ils sont invulnérables….
Sur d'autres personnes, au contraire, les mêmes substances peuvent avoir un effet dépressif et mener au suicide. Le délire peut s'accompagner d'une accélération du rythme cardiaque et de graves troubles digestifs.

Billv Ze Kick n'en est pas à son coup d'essai, leur premier album, vendu à 230 000 exemplaires, vantait déjà les délices de la "fumette"avec des chansons explicites comme Bons baisers d'Amsterdam ou encore le titre OCB, clin d'oeil à la marque de papier à rouler.

Quand au leader du groupe, elle ne nie absolument pas les faits. A la question du Parisien " Pourquoi le champignon hallucinogène dans votre chanson ?" elle rétorque tranquillement :
- En manger, c'est un rite que l'on accomplit dans certains milieux rock. On s'élève spirituellement. On fait mieux la synthèse d'une réalité. On fume aussi des pétards comme on prend un café. C'est notre culture (sic).

Le courageux policier de Nantes, Christian Verdier, s'attaque à forte partie. La drogue dite "douce" - en effet la description détaillée des effets secondaires nous persuade de sa douceur…- est considérée avec beaucoup de bienveillance, de tolérance, d'amusement attendri dans

le milieu du show-biz. Il n'y a qu'à lire les déclarations de certaines "stars" télé, Thierry Ardisson en tête, à les entendre ils ont tous fumé et ils fument tous encore de l'herbe de temps en temps. C'est un "must" dans ce milieu, un truc "cool" plutôt mieux vu que l'alcool.

Dans Le Figaro, du 21 octobre, d'ailleurs, commentant l'affaire "Billy Ze Kick", le journaliste, quelque peu étonné semble-t-il par les remous qu'elle suscite, se borne a rappeler en forme d'excuse que les Beatles en leur temps, ainsi que le groupe Velvet Underground et le chanteur Éric Clapton, avaient également incité dans leurs chansons à la consommation de drogue : "Leurs auteurs n'avaient pas été poursuivis". Par conséquent, selon la bonne morale toute en saine logique du Figaro, pourquoi commencer maintenant ?

En ne lâchant pas prise, en soutenant que "l'on ne peut pas tolérer que de telles chansons viennent détruire notre travail de prévention", le policier de Nantes, Christian Verdier, s'est attaqué à bien plus qu'un mauvais groupe de "pop reggae" halluciné. Au-delà de l'incrimination justifiée de ce tube "à la mode, c'est tout le show-biz et sa mentalité pourrie, ses "valeurs" et sa "culture" comme le relève Billy Ze Kick, que défie à lui seul, par son action courageuse et déterminée, ce policier intègre et droit, dont il faudra retenir le nom.

Caroline Parmentier