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RAM DAM Le Guide de la musique
http://www.ramdam.com/chro/1328.htm
"A
l'heure où la variété française est saturée
de reprises, l'arrivée d'un CD Tribute to Gainsbourg a de quoi faire frémir.
S'attaquer au grand Serge relève de la gageure propre à la conquête
de l'Everest: on ne parle pas d'un petit chanteur à la croix de bois mais
d'un véritable monument de la chanson française. Et vu la taille
du monument, la chute peut être des plus douloureuse...
Scenic
Railway, un quatuor rennais, a donc décidé de se pencher sur les
oeuvres de jeunesse de l'homme à tête de chou. La majeure partie
des chansons reprises date de l'époque St-Germain-des-Prés (entre
1957 et 1963) lorsque Serge Gainsbourg, fortement inspiré par Boris Vian,
balançait littéralement ses textes à la tête du public.
Incursion également en 1978 avec Mister Iceberg ou en 1968 avec Ford Mustang.
Cependant, l'esprit des textes reste toujours le même: dans l'oeuvre, Scenic
Railway a privilégié le cynisme et la froideur des mots.
Premier
bon point à l'égard du groupe: le respect fondamental des textes
de Gainsbourg. Le moindre changement de virgule aurait été de l'hérésie
pure, ce dont Scenic Railway s'est bien gardé. Le travail de reprise s'est
surtout axé sur l'interprétation et la relecture mélodique.
L'interprétation
de Nikki Renard, au chant, a tout du dandy arrogant et blasé. On retrouve
la froideur typique de Gainsbourg, qui colle particulièrement bien à
l'ambiance des textes choisis. On constate également que les chansons du
grand Serge ne se chantent pas mais se vivent avant tout. Ce que Nikki Renard
semble avoir bien compris. Second bon point.
Pour
renforcer cette atmosphère glacée, le groupe enfonce le clou en
proposant des mélodies décalées à coups de guitares
déglinguées et autres banjos improbables. On n'est pas loin de l'esprit
punk qui avait d'ailleurs remis le pied à l'étrier de Gainsbourg
(lorsque le groupe Bijou avait invité le pervers papy sur leur reprise
des Papillons noirs). C'est ce travail d'arrangement qui est finalement la véritable
carte d'identité du groupe qui signe là des débuts plus que
prometteurs.
Finalement,
cette relecture à quarante années de distance prouve, s'il le fallait
encore, que Gainsbourg est une des figures majeures de la chanson française
et que ses textes et ses mélodies n'ont pris aucune ride.
En
tout cas, une réappropriation des plus intéressantes et un très
bel hommage.
NB:
Pour les auditeurs attentifs, on notera la présence d'un bonus caché:
le titre Quand tu t'y mets, version fin de banquet."
Jean-François
Peereman